vendredi 1 novembre 2024

Banc de test traînée câble

Maintenant que nous avons vérifié que ça valait peut-être la peine d'avoir un câble sous-marin, comment arriver à tester à moindre coût différents carénages ou mieux une réduction de la section grâce à un sangle permettant de reprendre les efforts?

Les solutions classiques sont :

  • l'utilisation d'un bateau pour faire la traction,
  • l'utilisation d'un canal de traction,
  • l'utilisation d'un tunnel (par exemple tunnel de cavitation),
  • l'utilisation d'un bras rotatif.

Le bateau coûte assez cher si on le consacre seulement pour les essais, mais si on arrive à profiter d'un bateau faisant route de toute manière, la solution peut-être intéressante. 

L'utilisation d'un canal permet d'avoir des conditions d'essais parfaitement maîtrisées.

On tire l'échantillon à partir d'un chariot.

Dans un tunnel, des pompes entraînent le fluide, ce qui demande beaucoup d'énergie

Le bras rotatif est une autre solution permettant d'obtenir de grandes vitesses. Des bassins spécialisés existent comme au Krylov State Research Center.

J'ai réfléchi à 2 autres variantes :

  • utilisation d'un cable wake (téléphérique), plus léger que le chariot. Il y en a un peu partout en France maintenant, par exemple celui-ci près de chez moi. Mais j'imaginais aussi en créer un miniature dans ma piscine.
  • utilisation d'un drone aérien

Je pense tester cette dernière solution (à très petite échelle) dans les jours suivants.

Aile d'eau : câble de retenu sous-marin, bras de retenu rigide aérien ou un peu des deux ?

Maintenant que l'on comprend mieux la traînée des éléments sous-marins de liaison avec l'aile, arrive la grande question.

La liaison final du câble de retenu au foil optimal est-elle un simple câble sous-marin ou un système rigide aérien ?



Souvent la comparaison se fait sur le fait qu'un foil traversant a des problèmes avec la ventilation. 

 

Source Syroco



Mais je considère ici un autre système qui permettrait d'avoir le même foil sous-marin mais avec un shaft plus aérien.


Note : on peut aussi imaginer des combinaisons où la charge serait partagée entre un câble sous-marin de section réduite et un câble aérien, ce qui supprime en grande partie le moment fléchissant.


Câble sous-marin

C'est le concept utilisé par l'aile d'eau de Luc Armant et par le prototype de Syroco.

L'élément de liaison travaille essentiellement en traction, ce qui permet d'avoir une section réduite, la longueur du câble immergée est cependant assez longue :

$L= {depth \over sin(angle)}$

La longueur du câble tend vers l'infini, mais on peut considérer qu'une valeur d'angle de 30 ° avec l'horizontale est une bonne hypothèse (avec le gradient du vent, il faut mieux avoir le kite un peu en hauteur, d'autant plus aux allures portantes !)

Câble aérien

C'est le cas du chien de mer de Didier Costes. Un bras faisant un L permet de transmettre les efforts en flexion. La longueur immergée peut se réduire à la profondeur h., mais la section doit être augmentée pour être suffisamment rigide.

Le résultat optimum va dépendre de la résistance des matériaux en traction VS en flexion.

Le dyneema va résister à environ 200kg pour 1mm de diamètre.

$\sigma_{dyneema}={ 2000 \over {\pi \over 4}}.1e6 =2.5GPa$

$F_{max} = \sigma_{dyneema} .  \pi.{d^2 \over 4}$

$d=\sqrt{{4.F_{max} \over \sigma_{dyneema}.\pi}}$


Pour la rupture en flexion, j'ai demandé un coup de main à chatgpt en considérant une section elliptique comme approximation d'une corps profilée.

Le moment quadratique est donné par :

Le moment de flexion est donné par M=F.L

La condition de rupture est :


avec c=b distance maximale à partir de l'axe neutre à la surface de la section.

 

Application numérique 

A une profondeur L=h=1m

Résistance à la rupture de l'acier: 500MPa

\[
F_{\text{max}} = \sigma_{acier} \cdot \frac{\pi}{4} \cdot b^2 \cdot \frac{a}{2h}
\]

\[
b = \sqrt{\frac{8 \cdot h \cdot F_{\text{max}}}{a \cdot \pi \cdot \sigma_{\text{acier}}}}
\]

Ratio of drag is given by the ratio of section x length

\[ \text{ratio} = \sqrt{\frac{2 \cdot \sigma_{\text{dyneema}} \cdot h}{a \cdot \sigma_{\text{acier}}}} \]

Le câble gagne si le ratio est grand.

Si on considère a=10cm, on a 100 sous la racine et un rapport 10

On peut aller jusqu'à un angle de 6°, on vise typiquement 30° de l'horizontal.

Il y a donc un net avantage à utiliser un câble sous-marin, surtout dans un environnement perturbé par des vagues dans lequel il faut prendre une marge sur la profondeur d'immersion du foil



Aile d'eau : explication des oscillations longitudinales à basse vitesse

Comme expliqué dans l'article précédent, la traînée du câble va varier en fonction de la position du foil dans la fenêtre de vol et de la vitesse du foil.

Pour un kite classique, le coefficient de traînée est quasiment constant. Le kite accélère jusqu'à atteindre l'angle de finesse max correspondant à son calage. Le kite finit généralement par arriver à une position stable en bord de fenêtre.

Dans certaines conditions, il est possible de montrer qu'un comportement instable est atteint, ce qui va donner un cycle limite.

Pour l'aile d'eau, le comportement, va varier en fonction de la profondeur du foil.  Si le point d'accroche de l'aile est au-dessus de l'eau, le changement de profondeur du foil, va s'accompagner d'un changement de la longueur immergée. Même si le point d'accroche est au niveau de la surface, la longueur ventilée est aussi susceptible de varier.

On considère un foil initialement en position basse, et se rapprochant de la surface.

Le foil est initialement dans une position stable sur un bord de fenêtre correspondant à une mauvaise finesse.

La traînée va diminuer, et le foil accélérer pour retrouver un nouveau bord de fenêtre correspondant à une meilleure finesse. Cette accélération, augmente la ventilation, ce qui a pour effet de diminuer la traînée, d'augmenter la finesse et de permettre une accélération supplémentaire.

L'accélération d'une aile d'eau sera ainsi encore plus grande que celle d'un kite.

Lorsque l'aile arrive en bord de fenêtre, le foil ralentit la traînée augmente et le foil se met à reculer. dans la fenêtre.

Il est possible d'arriver à un point d'équilibre, mais même avec une inertie faible, le comportement risque d'être instable du fait des retards dans l'établissement de la ventilation.

Aile d'eau : mieux comprendre la traînée du câble.

La semaine dernière, j'ai pu vérifier que la traînée des lignes pouvait-être un vrai problème pour une aile d'eau, notamment à basse vitesse.

"Too much drag. No enough control". Historique fameux de commentaire sur le facebook de Syroco

La formule de base donnant la traînée D linéique (N/m) d'un cylindre de rayon R est bien connue :

 $$D = \rho \cdot R \cdot CD  \cdot V^2$$

$$\rho$$: densité de l'eau en kg/m3

R: rayon en m (le facteur 1/2 a disparu avec D=2R)

V: vitesse en m/s

CD: coefficient de traînée sans dimension. 

On voit ici l'importance de réduire en parallèle le nombre de câbles et le diamètre des câbles en optimisant leur section en fonction de l'effort en traction maximal visé (qui va lui même dépendre de la traînée).

La valeur du coefficient de traînée d'un cylindre infini rigide évolue avec le nombre de Reynolds. Un tableau a été établi par Lienhard

 

Coefficient de traînée '"`UNIQ--postMath-00000031-QINU`"' du cylindre infini ainsi que l'inverse de son nombre de Strouhal multiplié par 0,22, d'après Lienhard.

On peut voir qu'une variation d'un facteur 10 est à attendre en fonction du nombre de Reynolds.

Si l'on vise des vitesse de 1 à 30m/s et des diamètres de 0.1 à 10mm, on obtient un nombre de Reynolds entre 100 et 300 000 (3e5 au delà de la crise de traînée). On peut donc s'attendre à un coefficient de traînée entre 0.2 et 1.4 si le câble est immergé et considéré comme rigide.

On peut noter qu'au passage de la crise de traînée, une multiplication du diamètre par 2 pourrait conduire à une division du coefficient de traînée par 5. On pourrait donc réduire la traînée en augmentant le diamètre ! Cela semble cependant difficilement utilisable en pratique.

Plusieurs phénomènes modifient cependant la traînée :

  • dissipation d'énergie par la vibration du câble flexible (strumming),
  • ventilation : de l'air s'introduit dans la dépression créé par le sillage du câble,
  • vague d'étrave et sillage de surface.

L’occurrence de la cavitation est peu probable dans notre cas, le câble traversant la surface de l'eau, il va d'abord ventiler.


https://figshare.utas.edu.au/articles/thesis/Hydrodynamics_of_vertical_surface-piercing_cylinders/23251181?file=40975403

https://www.researchgate.net/publication/336146259_Hydrodynamics_of_Towed_Vertical_Surface-Piercing_Cylinders

Vibrations 

Dans le cadre de cylindre rigide on parle généralement des phénomènes de Vortex Induced Vibration (VIV) et de lock in.
Les choses sont un peu différentes dans le cas d'un câble flexible.

La dissipation de l'énergie (par "grattage") a été étudiée dans le cadre des sonars notamment.

n : nombre de segments du câble vibrant dans la longueur du câble

f : fréquence des oscillations

L : longueur du câble

T : tension du câble

$$m_{c}$$ : masse linéique virtuelle du câble (masse + masse ajoutée)

$$L={n \over 2f} \cdot \sqrt{{T \over m_{c}}}$$

La fréquence de Strouhal

 $$St={f \cdot d \over u}$$

avec

d: diamètre du câble

u: vitesse relative du fluide


La formule suivante a été proposée (mais pas validée par d'autres études) :

$$CDs=CD \cdot (1+10 \cdot ({d² \over m{c}})²)$$

La masse ajoutée pour un cylindre est connue, elle est égale à la masse d'eau correspondante.

La formule précédente peut ainsi être réécrite :

CDs=CD.(1+10*(d²/(pid²/4(rho + rho_water))²

CDs=CD.(1+160/pi²*(1/(rho + rho_water))²

On peut voir que l'utilisation d'un câble plus dense (acier 8 fois plus dense que le dyneema qui flotte très légremment) est susceptible de réduire la traînée d'un facteur 4 pour un même diamètre.

 

Ventilation

La ventilation est caractérisée par une poche d'air sous le niveau de la surface de l'eau mais reliée à celle ci.

On évite généralement la ventilation sur les surfaces portantes, car elle entraîne une perte de portance souvent amplifiée par un décrochage caractérisé par une hystéresis se traduisant par une perte de contrôle (le fameux spin out pour les amateurs de funboard). Pour cela mieux vaut avoir une coque au-dessus de l'appendice, empêchant l'entrée d'air. Des "fences" sont également utilisés sur les foils.

Dans le cadre d'un câble dont on veut réduire la traînée, la ventilation peut cependant nous sauver : pour une forme non profilée (comme un cylindre) elle va réduire la surface d'aspiration par l'eau sur l'arrière du profil. 

En effet, lorsqu'on regarde le coefficient de pression sur un cylindre, on constate que la surpression n'est limitée qu'à 30/45° autour du point de stagnation. Au-delà c'est une dépression. La dépression entre 45 et 90° a une composante vers l'avant qui est directement compensée par la dépression entre 90 et 135°. Comme pour une aile, on peut considérer qu'1/3 de la force est lié à la surpression et 2/3 à la dépression.

On peut donc espérer réduire la traînée d'un facteur 3, plutôt 2 en pratique.

On utilise déjà la ventilation pour réduire la traînée des coques. Les bateaux rapides ont ainsi un tableau arrière droit. A partir d'une certaine vitesse le tableau se retrouve émergé.  Cela augmente cependant la traînée à basse vitesse. L'utilisation d'un redan est un compromis permettant d'avoir du volume permettant de réduire la traînée à basse vitesse dans la partie qui va être émergée à plus haute vitesse. L'utilisation de la ventilation ne dispense cependant pas d'avoir des formes avant profilés.

La position idéale de l'aile d'eau étant proche de la surface, il semble possible d'obtenir une ventilation sur plusieurs mètres de longueur, mais de l'ordre du mètre seulement de profondeur jusqu'au foil. C'est ce qui peut-être observé par exemple sur les vidéos du projet Syroco.

Projet Syroco 
Source syroco

 

On voit que la ventilation conduit cependant à une perturbation de l'interface (sillage) et si elle réduit la traînée par rapport à un cylindre, cela ne veut pas dire que le cylindre est la forme optimale. En comparaison un kitefoiler allant à une vingtaine de nœuds, n'aura pas un tel sillage.

On constate aussi en regardant le sillage que la poche de ventilation semble plus importante sous la surface. Cela pourrait indiquer un stage de post base ventilation, indiquant que la poche de ventilation ne peut plus croître et donc qu'elle a atteint le foil.

Dans ces conditions, le coefficient de traînée est de 0.5.

La profondeur de la poche a été identifiée expérimentalement :

Hays 1947

Là encore la formule peut-être simplifiée, et on retrouve la formule de Bernoulli, avec un facteur d'efficacité réduit (0.286 au lieu de 0.5) qui doit correspondre au coefficient de pression à l'arrière du cylindre. La profondeur d'immersion ne dépend plus que de la vitesse.

$$L_{o}=0.286 \cdot {V^2 \over g}

Si on considère une profondeur du foil de 1m, la ventilation sera complète vers 10kt environ. Un coefficient correctif est peut-être à prendre en compte en fonction de l'inclinaison du cylindre par rapport à l'eau (vers l'avant ou sur le côté).

Idéalement, il serait possible de réduire la traînée encore plus en utilisant une section de carénage autour du câble permettant de réduire encore la traînée (mais le problème n'est pas simple et les solutions encore peu expérimentées).